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Les altos réalisés par Stradivarius sont particulièrement rares. Parmi
les quelques dix altos complets connus, l’"Archinto" est l’un des plus
anciens et certainement, l’un des plus beaux. Hormis le "Mahler" de 1672
et le "Medici" de 1690, tous ces altos ont été construits sur le moule où
sont inscrites les lettres CV, (à savoir contralto viola) et la date du
4 octobre 1690, moule conservé au Musée Stradivari à Crémone.
L’"Archinto" reflète parfaitement le style de tous les instruments
du maître effectués durant la décennie de 1690 à 1700.
Les coins sont
longs et élégants, les bords ont une gorge prononcée et la voûte, forte
et basse, est néanmoins dotée de la contre-courbe caractéristique des
Amati sur tout le pourtour de l’instrument. La mise en oeuvre sur
l’ensemble de l’instrument est du plus haut niveau et le contour est
rehaussé par l’utilisation de filets aux brins noirs un peu plus
larges. Le bois est aussi caractéristique du lot que Stradivari
utilisait pendant cette période. La table est constituée d’un épicéa au
grain très serré, semblable à celui de l’"Arditi" ; quant au fond et
aux éclisses, ils sont faits dans un érable aux ondes étroites que l’on
retrouve dans plusieurs autres instruments de ces années là. La tête,
en érable légèrement ondé, est conçue comme la tête d’un violoncelle,
créant un léger déséquilibre avec la délicatesse du reste de l’instrument.
Innovation
introduite à cette période, le chanfrein peint en noir autour du
chevillier et de la volute accentue cette apparence saisissante. Une
neutre évidence du développement rapide du style de Stradivari vers sa
maturité est la richesse de couleur du vernis. C’est un rouge orangé
aux tons doux qui donne un effet visuel de profondeur obtenu notamment
grâce à la teinte dorée des sous-couches.
La table est en
particulièrement bon état et le vernis y est très pur. Hormis son
manche et son renversement moderne, seules les éclisses ont subi
quelques modifications. Comme l’avait constaté au début du XIXe siècle
le comte Cozio di Salabue, fameux collectionneur de violons, celles-ci
sont relativement peu profondes. A en juger par l’état de l’instrument
à l’intérieur, il est patent qu’environ 4 mm furent retirés des bords
du hautes éclisses, sans doute pour satisfaire le caprice de quelque
ancien propriétaire.
Cet alto a une longue histoire. En 1800, il appartient au comte
Carlo Gambara de Brescia. Il est catalogué par le comte Cozio di
Salabue après avoir été vendu au Comte Archinto de Milan, lequel
possédait aussi deux violons et un violoncelle du maître de Crémone.
Vers 1860, le marchand et grand luthier français, J. B. Vuillaume ,
acquiert la collection du Comte Archinto. L’alto est ensuite acheté par
le futur directeur de la Royal Academy of Music de Londres, John
Rutson. En 1906, celui-ci en fait don à l’Académie, dans le cadre d’un
généreux legs qui constitue le coeur de l’actuelle collection. Depuis
qu’il est conservé par cette institution, l’ a servi à la
fine fleur des altistes, parmi lesquels Watson Forbes , Roger Bigley,
Paul Silverthorne, Bruno Giuranna ou encore Yuri Bashmet. Il a aussi
été utilisé par Maxime Venguerov pour enregistrer le concerto pour alto de
William Walton en 2003.
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