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Le catalogue de l'exposition Antonio STRADIVARI  est disponible.

"Antonio Stradivari"

Ed. Actes Sud

ISBN 978-2-7427-7899-7

tarif : 29 €

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Kruze 1721

 

 

 

Le "Kruze" est un des rares stradivarius à posséder un fond sur couche, c’est-à-dire un fond dont les accroissements sont alignés horizontalement dans l’épaisseur plutôt que verticalement. L’érable, généralement considéré comme étant moins rigide dans ce sens, produit alors des sons plus chauds mais parfois moins pénétrants. Il est intéressant de noter que la famille Amati a préféré le bois sur couche. L’hypothèse selon laquelle Stradivari aurait fabriqué des fonds sur couche légèrement plus épais qu’à l’ordinaire pour compenser leur manque de rigidité relative est souvent évoquée bien que ce ne soit absolument pas le cas ici. Le fond sur couche offre des motifs particulièrement subtils car les ondes ont alors l’éclat de la soie.

Le "Kruze" est un violon exceptionnellement bien conservé, où se manifeste très nettement toute la maîtrise de Stradivari. Il a été construit sur le moule PG, (pour piu grande, soit : plus grand), conservé dans la collection du Musée Stradivari de Crémone et qui porte la date du 4 juin 1689. Il est en effet légèrement plus long que le moule P sur lequel le "Maurin" fut fabriqué, mais plus petit à tous égards que le  fameux moule G sur lequel les instruments de  la période d’or furent construits. Comme le "Maurin" , il se distingue par ses ouïes droites et étroites.

Sa voûte est forte donnant une courbe pleine au niveau des “CC” ce qui crée l’impression d’une pente soudaine de l’extérieur des “ff ” vers les filets. Pour ce qui est de ses capacités acoustiques, cette voûte, à l’image de celle des violons sur le modèle long, se rapproche des résultats sombres et profonds des  instruments de Brescia. Un élément de plus en plus présent dans les dernières œuvres de Stradivari. La force des instruments de la dernière période est soulignée par la présence d’un bord plus large et de filets plus épais, qui rappellent les instruments des années 1690.

Le "Kruze" a une histoire particulièrement illustre. Elle débute avec Rudolph Kreutzer, qui obtient l’instrument par l’intermédiaire de Tarisio à Paris, au milieu du XIXe siècle. L’élève de Kreutzer, Désiré Beaulieu le garde ensuite jusqu’à sa mort en 1863, stipulant que le produit de sa vente soit cédé aux pauvres de  sa paroisse. Le violon passe ensuite entre les mains d’à peu près tous les marchands les plus fameux de l’époque: le parisien Gand, le londonien Hill, puis les allemands Hamma de Stuttgart et Hamming de Berlin. Là, en 1904, il devient la propriété de l’élève de Joachim, Johan Kruse. Ce nom est resté associé à l’instrument, bien que J. Kruse en fût seulement quatre ans le propriétaire. Il le vendit en effet au Prince Wilhelm de Prusse en 1908. Au XXe siècle, on peut suivre les tribulations du "Kruze" sur plusieurs continents, passant entre les mains de divers marchands et collectionneurs, dont Max Adler, Robert Bower et Maurice Cottle, pour finalement s’installer, par l’entremise de Peter Biddulph à Londres, dans le sud de la France, chez un musicien amateur enthousiaste.