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Le "Marquis de Corberon" est un violoncelle de la dernière période et un pur exemple de ceux construits selon le modèle abouti, dit “modèle B”. C’est en fait l’un des derniers à avoir été construits sur ce moule, seul le "Romberg" de 1728 lui succédera. Il semble impossible d’imaginer qu’un vieil homme de 82 ans – car tel était l’âge d’Antonio Stradivarius en 1726 – puisse envisager d’entreprendre une tâche physique aussi exigeante que la construction d’un violoncelle. Il était certainement aidé par ses fils Francesco et Omobono.
Le trait le plus remarquable de l’instrument est le fond d’une pièce en saule doté d’un gros nœud au centre des flancs du haut. Bien que d’apparence très ordinaire par rapport aux érables fréquemment utilisés et richement ondés, les luthiers préfèrent parfois utiliser le saule pour fabriquer leurs violoncelles, car son bois tendre donne un son chaud et sombre. Il convient cependant d’ajouter que des considérations économiques entraient certainement en ligne de compte dans le choix du bois. Du saule a aussi été choisi pour les éclisses, ce qui ne constitue pas un matériau idéal pour cette partie mince et fragile. Le saule aurait été encore moins approprié pour la tête et le manche, car trop tendre pour résister à l’usure constante de la main gauche ou à l’action des chevilles. Stradivari lui préféra le hêtre, un bois ordinaire et bon marché. La table a un accroissement relativement irrégulier et des chanteaux ont été collées dans les flancs du bas pour lui donner la largeur nécessaire. Cet instrument marque un important changement par rapport aux instruments aux fournitures onéreuses des années précédentes.
Bien que le bois de saule soit usé sur les bords et les coins, ce violoncelle est en très bon état. Le vernis, qui fut généreusement appliqué, recouvre encore la table d’une épaisse couche d’un profond pigment orangé. La volute, bien conservée, porte les traces de compas au dos du cheviller. Elle est sculptée avec la même main sûre caractérisant celles des premiers violoncelles.
Le Marquis de Corberon était un diplomate à la cour de Catherine II de Russie dans la deuxième moitié du XVIII siècle. Le seul autre propriétaire connu avant le XXe siècle fut le violoncelliste parisien M. Loeb, lequel le céda à Hugo Becker, professeur de violoncelle à l’Ecole de Musique de Berlin. Celui-ci le vendit en 1907 à la violoncelliste Anglaise Elizabeth Chapman, débutant ainsi une lignée de propriétaires féminine. Cette lignée se poursuivit avec Audrey Melville, qui conserva l’instrument jusqu’en 1960, date à laquelle elle en fit don à la Royal Academy of Music de Londres, avec la volonté expresse que la violoncelliste américaine Zara Nelsova en ait la jouissance sa vie durant. Nelsova en fit usage pour son enseignement, tant à l’Académie qu’à l’ Ecole Juilliard de New York. Depuis sa mort en 2002, il a servi à d’éminents violoncellistes dont notamment l’anglais Colin Carr , tout en demeurant la propriété de la Royal Academy of Music de Londres.
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