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Le catalogue de l'exposition Antonio STRADIVARI  est disponible.

"Antonio Stradivari"

Ed. Actes Sud

ISBN 978-2-7427-7899-7

tarif : 29 €

 
Viotti 1709
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C’est au grand virtuose italien, Giovanni Battista Viotti que ce violon doit son nom. Il fut le premier à apprivoiser le timbre puissant des instruments de Stradivari et à le faire connaître à un large public. Il posséda et joua plusieurs stradivarius fameux qui portent encore son nom. De façon quelque peu déroutante, deux d’entre eux portent la date de 1709. L’un appartient désormais à la Royal Academy of Music de Londres et celui-ci, également connu sous le nom de “Marie Hall” appartient maintenant à la fondation taïwanaise ChiMei. C’est sur cet instrument que Viotti joua lors de ses premiers concerts qui éblouirent Paris en 1781. C’est un splendide spécimen de la période d'or qui marque la fin de ses expérimentations avec le modèle long. Après trente années d’évolution continue, depuis ses premières réalisations, en 1666, les instruments de la période d’or de Stradivari marquent un saut qualitatif quant à la conception et à l’exécution, alors qu’Antonio était déjà entré dans ce que son époque considérait comme un âge avancé. Ayant acquis une réputation considérable et une fortune confortable, il était désormais assisté dans son travail par ses deux fils, Francesco (né en 1671) et Omobono (né en 1679).

Deux nouveaux moules furent construits dans l’atelier. Ils portent respectivement la lettre P (dont on présume qu’elle signifie prima, premier) et G (grande, grand), et sont de 1705 et 1708. Tous deux sont légèrement plus courts et relativement plus larges que les modèles antérieurs.

Stradivari, à cette époque, acquiert un lot de bois superbe et les fonds d’une seule pièce d’érable sont souvent d’une beauté époustouflante. Le "Viotti", doté d’un fond traversé de part en part par des ondes régulières, est remarquable entre tous. Là où, pour les volutes, ses collègues choisissaient souvent des fournitures moins ondées pour se faciliter la tâche, Stradivari a taillée la tête dans ce bois difficile à sculpter tant les ondes sont profondes.


En regard du "Kustendyke", les changements opérés par Stradivari sont aisément repérables. La voûte est plus basse et plus forte, avec un dégorgement assez plat. Ce modèle, confectionné sur le plus petit des deux nouveaux moules (le P) est doté de coins larges et robustes merveilleusement exécutés. Les délicats filets, avec des noirs fins et des blancs un peu plus larges trouvent leur résolution dans des onglets d’une exquise souplesse. La tête ressemble énormément à celle du "Kustendyke", et le noir des chanfreins est encore nettement visible, de même que les petites marques d’une pointe sèche sur la ligne centrale utilisée par Stradivari pour reporter le patron de la volute sur le bloc de tête. D’une façon générale, ce violon dégage une force visuelle qui se retrouve aussi dans sa sonorité. Très peu de son vernis rouge caractéristique a survécu, mais la sous-couche et la teinte dorée du bois demeurent pratiquement intactes.


Viotti effectua la plus grande partie de sa carrière à Londres où il meurt en 1824 dans une relative pauvreté. Bon nombre de ses instruments avaient déjà été dispersés mais ceux qu’il possède encore à sa mort sont vendus aux enchères à Paris, à l’Hôtel Bouillon, cette même année. Cet instrument est alors acheté par le Duc de Cambridge au prix de cent cinquante-deux livres sterling. Il passe ensuite chez le marchand londonien George Hart qui le vend, en 1905, au prix de mille six-cent livres sterling à Marie Hall, la grande violoniste virtuose britannique, protégée d'Edward Elgar. Le stradivarius devient son compagnon de vie et son seul instrument de concert jusqu’à sa mort en 1956. Sa fille, Pauline Baring, en hérite, mais le vend en 1968 par l’intermédiaire de Sotheby’s. Il devient alors la propriété de l’homme d’affaires Jack Harrison pour la somme record de vingt-deux mille livres sterling. Celui-ci le vend ensuite par l’intermédiaire de W. E. Hill & Sons en 1974, mais l’instrument est, une nouvelle fois, mis aux enchères chez Sotheby’s en 1988. Il atteint alors le nouveau prix record de quatre-cent soixante-treize mille livres sterling. L’acquéreur est le violoniste amateur brésilien, Geraldo Modern, qui, au bout de quelques années seulement, le revend à la Fondation ChiMei, son actuel propriétaire.