Antonio Stradivari et la ville de Montpellier
Animal
baroque s’il en est, le violon se paie le luxe d’avoir une âme.
Dans
le grand bestiaire instrumental actuel, lui seul a su transgresser l’usinage
des siècles pour se frayer un chemin
jusqu’à nous. Sa persistance et les fonctions symboliques endossées, en sus de
sa vocation première, ont fini par faire de ce fragile assemblage de cellulose
un point d’ancrage de notre civilisation. Une icône dont l’importance dépasse
très largement la somme de ses attributions.
Depuis son invention, à Cremone vers 1535, le
violon n’a guère évolué alors que la musique, et donc les outils pour la mettre
en œuvre, ont subis révolution sur révolution. Objet de recherches en tous
genres, le monolithe à quatre cordes a été analysé par des savants et des
machines toujours plus pointus sans livrer le moindre secret. Personne ne saura
vous dire quelles sont les lois qui ont présidé sa création ni quels principes
régissent ses proportions. L’interruption, au milieu du 18eme siècle, de la
chaîne transmettant oralement le savoir des luthiers Crémonais, a laissé sans
réponses ces obsédantes questions.
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Mais
au fait Stradivarius est-ce une marque ?
Un
romain du temps de Néron ou une invention marketing de quelque communiquant en
mal d’inspiration ?
Stradivarius est un homme ! Peut-on le
voir ? Pas même, car il est mort ! Antonio Stradivari s’est éteint en
1737, à l’âge canonique de 93ans. Il a
laissé derrière lui des enfants, des instruments de musique par centaines, des
dessins, des outils, et plusieurs testaments manuscrits découverts il y a peu.
Il existe bien quelques peintures et dessins le représentant au travail, mais
aucun n’ont été exécutés de son vivant. Les seules informations relatives au
personnage nous viennent de Gaetano Pugnani, compositeur et violoniste, qui
rendit visite à Stradivari avant que ce dernier ne disparaisse. Il décrit un
artisan vissé à l’établi, vêtu d’un tablier en cuir beige et coiffé d’un bonnet
en laine.
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Montpellier
peut s’enorgueillir de l’association de son nom à Stradivarius de deux
manières. Par les nombreux concerts de solistes équipés de violons de ce
maître, et par la présence en ville de 10 ateliers de lutherie.
A
force de fréquenter la faune particulière faite de collectionneurs, experts et
musiciens gravitant autour des violons Crémonais, nous avons eu, Peter Biddulph,
Nicolas Gilles, Wolfram Neureither, Yann Poulain et moi-même, l’idée de proposer au Festival de Radio France et au Musée Fabre
un évènement célébrant l’art du fameux luthier.
Quinze
stradivarius parmi les plus importants au monde ont été prêtés par la Royal
Academy de Londres, The ChiMei Culture Foundation, Dextra Musica et des collectionneurs privés.
Certains ont appartenu à Joachim, Isaac Stern ou à Günter Pichler du Alban Berg
Quartet…
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